L'Entretien - Nouvel Hôpital, Covid-19, Internat : le Directeur de l'ARS Hauts-de-France Benoit Vallet nous répond

12 mai 2021 à 17h08 - 623 vues

Le docteur Benoit Vallet, Directeur Régional de l’ARS Hauts-de-France, a répondu aux questions qu’élus, citoyens et professionnels de santé se posent aujourd’hui pour la Sambre-Avesnois, ainsi que sur l’arrivée du Nouvel Hôpital de Maubeuge, prévue pour le mois d’octobre 2021.

VACCINATION

Benoit Vallet, quand on regarde ces habitants venus en nombre pour se faire vacciner, cela donne beaucoup d’espoir pour la Sambre-Avesnois.

Les taux restent plus élevés ici encore que dans certains endroits de la Région. On recense encore plus de 300 cas, et par endroit en dessous des 250. Nous sommes très vigilants parce que nous sommes dans une période de déconfinement.  Il peut y avoir de la reprise épidémique mais on est très heureux effectivement de voir une manifestation comme celle-là ce soir.  Beaucoup de professionnels engagés, 16 box de vaccination et un vrai plaisir de voir des personnes qui viennent se faire vacciner et qui ont besoin de renforcer leur défense immunitaire contre la Covid-19. C'est vraiment formidable.

Les auditeurs se demandent si des centres comme celui-ci de Maubeuge vont voir le jour un peu partout en Sambre-Avesnois ? On pense à Jeumont, Fourmies, Le Quesnoy, …  

Il est nécessaire que les centres soient au plus près des populations donc on a fait très attention dans la Région des Hauts-de France pour avoir un maillage territorial qui soit le plus précis possible et le plus exhaustif possible.

Nous avons même installé des dispositifs d'équipes mobiles qui ont été chez les personnes qui ne pouvaient pas se déplacer. Le volume attendu de vaccination pour les semaines qui viennent va amener à ce qu'on augmente encore la capacité des centres et donc d'avoir des centres comme celui de la Luna ce soir.

La Luna est véritablement un grand centre « citoyen » quelque part. On a le sentiment que les gens viennent et remplissent une forme de devoir pour se protéger vis-à-vis de la maladie et reprendre ensuite une vie normale.

Les équipes mobiles se mettent en place ici en Sambre-Avesnois ?

Oui. Il y a un véritable souhait de pouvoir aller vers des personnes qui ne peuvent pas se déplacer donc c'est très important. On continuera d'en développer.

LE MOUVEMENT DE GRÈVE DES SERVICES RÉANIMATION EN FRANCE

Sur notre antenne, vous avez sans doute entendu le désarroi et l’épuisement des équipes de réanimation. Ils réclament notamment de la reconnaissance de leur statut, une prime … 

C’est une colère légitime. Ils ont besoin de moyens supplémentaires. Cette reconnaissance elle passe par plusieurs types de préoccupations. Il y a une reconnaissance de l'expérience qu'ils ont acquise pendant la période, la spécificité qui a été la leur donc ils ont exercé leur demande d'une reconnaissance au niveau national sur les compétences.

Une reconnaissance qui pourrait se faire aussi sur la validation des acquis depuis 15 mois. Ils font entendre leur voix comme les infirmiers aides-soignants des urgences à une période. Nous allons relayer cette colère au niveau national. Ces demandes, nous ne pouvons pas nous même au niveau de l'Agence participer à une spécification de prime supplémentaire mais en tout cas on peut relayer cette demande.

Ils ont besoin aussi de savoir ce que va devenir leur discipline, leur spécialité et les réanimations demain et c’est un véritable enjeu. Notamment, l'organisation de lits qui soient transformables et qui permettent de faire de la réanimation. 

CENTRE HOSPITALIER DE MAUBEUGE : UN INTERNAT POUR LE NOUVEL ÉTABLISSEMENT ?

Ici à Maubeuge, un nouvel hôpital va voir le jour en octobre 2021. Il manque cet internat : est-ce que concrètement, vous avez réfléchi à un projet pour Maubeuge ?

Vous avez raison d'insister sur ce point. Pour les médecins et surtout quand ils ne sont pas nécessairement de Maubeuge ou de proximité, pour les faire venir sur des établissements tout neufs comme celui de Maubeuge, il y a une nécessité de leur trouver aussi des sites d'accueil.

J’ai pu discuter avec le directeur de Maubeuge pour savoir si on pouvait sur l'emplacement même de l'hôpital évaluer une possibilité d'avoir des locaux rénovés pour l'internat. C'est un sujet qui est en cours et donc aussi bien sur la place disponible que sur les moyens qu'il faudra allouer.

Honnêtement c'est un sujet qui me semble à même de rendre l'hôpital de Maubeuge attractif et donc nous nous sommes penchés très fortement sur le sujet.

Dans le Nouvel Hôpital, il y aura moins de lits pour les patients que dans le centre hospitalier actuel. Est-ce que concrètement aujourd’hui ces lits en moins sont actés ?

Il y a eu effectivement une réduction de lits, un travail qui date non seulement de mon prédécesseur mais du prédécesseur de mon prédécesseur et même encore avant.

C’est un travail qui a duré plusieurs années et rénover un hôpital ça prend beaucoup de temps, et suppose des décisions et des arbitrages qui sont loin derrière dans le temps

Moi j'ai indiqué qu’à la lueur de la crise Covid, il fallait regarder ce qu'était le capacitaire de Maubeuge.

Aujourd'hui, compte tenu de ce que nous avons vécu ces derniers mois, on retravaille avec le directeur de Maubeuge pour être certain qu'on a un capacitaire adéquat, et voir si éventuellement il y a une extension à envisager, si d'aventure nous étions sur des calculs qui étaient trop étroits.

Il faut savoir que quand on parle de capacité d'accueil dans un hôpital, il faut penser à plusieurs choses :  premièrement, c'est que des lits n'existent que par rapport aux soignants qui sont présents.

L'autre sujet vous le savez c'est que les soins ont beaucoup évolué non pas seulement pour réduire les besoins en ressources humaines, mais beaucoup pour rendre service aux résidents dans les Ehpad

C'est des travaux qui remontent maintenant au début des années 90, où on a montré que pour les personnes très âgées, très fragiles, il valait mieux rester le moins possible à l'hôpital, une fois qu'un geste chirurgical ou un geste interventionnel avait été réalisé.

Parce qu’on avait moins de complications du fait de rester longtemps au lit, moins de complications parce qu'on gardait trop longtemps une sonde gastrique et donc toute cette démarche qui s'est appelée la chirurgie ambulatoire d'abord, a été faite au service des personnes et pour diminuer non pas les coûts, mais pour diminuer surtout les complications qui étaient liées aux prises en charge.

Il y a un mouvement général qui est celui d'aller vers moins d'hospitalisation et donc plus de prise en charge en ville, plus de prises en charge par les médecins généralistes, plus de prises en charge par les soignants en ville, ce qui est une bonne chose.

La crise Covid nous a appris qu'il nous faut avoir des hôpitaux transformables et donc capables à un moment donné d'augmenter leur nombre de lits disponibles et leur nombre de prises en charge. Il faut maintenant travailler ces deux éléments là, qui ne sont pas immédiatement convergents mais qui feront sans doute les hôpitaux modernes. 

Il y aura bien un avant et un après covid ?

 Il y aura un avant et un après Covid sur les établissements et aussi sur les compétences nécessaires dans les établissements.

LE MANQUE DE MÉDECIN DANS L’ARRONDISSEMENT

Il y a un manque de médecins et de professionnels de santé. Un manque que l’on peut constater dans les environs d’Aulnoye-Aymeries : élus, professionnels et habitants se réuniront le 29 mai pour alerter l’État.

L'agence a mis beaucoup de moyens en place pour les médecins généralistes. Il y a eu beaucoup de Maison de Santé construites dans les Hauts-de France, en particulier dans le Hainaut.  Nous allons évaluer ce qui a été fait et les mérites de ces dispositifs. La réussite des Maisons de Santé est remarquable. Mais on peut aussi, regarder quels effets moins favorables il y a pu avoir sur d'autres territoires. Le ministère prépare aujourd'hui une réflexion sur l'évolution de ces dispositifs.  Nous allons rendre ces dispositifs toujours plus intéressants pour les médecins généralistes, notamment.