Nouvelle mairie de Rousies : un vrai désastre ?

Publié : 13h07 par Paul Schuler

Rousies
Crédit : Paul Schuler - Canal FM

C’est le feuilleton de l’été : la nouvelle mairie de Rousies n’a pas fini de faire parler d’elle d’une manière négative ! Au cours de ces 2 derniers mois, de TF1 à France 2, en passant par France 3 et les chaines infos, de nombreux médias nationaux se sont rendus dans le val de Sambre pour découvrir ce nouvel hôtel de ville, façonné à partir de béton de chanvre, livré il y a 1 an et qui a coûté plus de 3 500 000 €, pour un résultat jugé comme étant un « désastre » !

Au-delà de la chaleur « suffocante » dénoncée par les employés communaux, qui ont enregistré jusqu’à 40 degrés cet été dans certaines salles, ce nouveau bâtiment donne surtout l’impression de « bouger »... Des fissures apparaissent partout, des dalles se soulèvent, des poutres avancent, des rampes d’escaliers se sont déjà désolidarisées des murs et des morceaux du mur extérieur sont même tombés ces derniers jours...

Pour Carole Devos, la maire de Rousies, cette nouvelle mairie est un « cadeau empoisonné ». Elle va activer « l'assurance décennale du cabinet de l'architecte en charge de ce dossier », pour demander « réparation ».

 >>> Carole Devos, la mairie de Rousies, vice-présidente de l’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre, en charge des finances et conseillère départementale du canton de Fourmies :

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Crédit : Paul Schuler - Canal FM

>>> Thomas Diot, adjoint au maire de Rousies, en charge notamment des travaux :

 >>> Florent Bracq, agent communal en charge de la communication et des évènements :

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Interpellée par les médias et les élus, Fabienne Louyot, l’architecte du cabinet Laps, se défend dans un communiqué d’avoir livré un bâtiment qui s’effondre ! Elle affirme que les chaleurs constatées ces dernières semaines sont dû à « une mauvaise utilisation du bâtiment ». Les fissures sur les murs intérieurs sont liées à l’enduit « dont il manque une couche ».

Quant aux dalles qui se soulèvent, l’architecte a promis de se rendre sur place d’ici octobre pour constater les faits. Elle tient aussi à préciser qu’à propos des murs extérieurs, il y a eu un changement d’entreprise en cours de chantier, ce qui pourrait expliquer les malfaçons que les élus déplorent aujourd’hui.

Voici le communiqué de l’architecte Fabienne Louyot, publié sur la page Facebook de Carole Devos :

« À la suite du reportage et des nombreux commentaires concernant la mairie de Rousies, je souhaite apporter une réponse globale et quelques éléments factuels.

Tout d’abord, nous avons découvert par la presse la polémique concernant le confort d’été et les températures relevées dans le bâtiment. À aucun moment, avant ce reportage, la nouvelle municipalité ne nous avait interrogés sur ce problème, pas davantage que sur les prétendues « fissures ».

Nous étions pourtant, et restons, parfaitement disponibles pour apporter les explications techniques nécessaires.

Concernant la chaleur : si les agents constatent un réel inconfort, celui-ci doit évidemment être pris au sérieux. L’affirmation selon laquelle il ferait jusqu’à 10°C de plus à l’intérieur qu’à l’extérieur peut être objectivée : les températures se mesurent et les causes d’une éventuelle surchauffe s’analysent.

L’absence de climatisation ne suffit pas, à elle seule, à conclure qu’un bâtiment a été mal conçu. Le « confort d’été » résulte d’un ensemble de choix techniques et de conditions d’utilisation. Si les performances attendues ne sont pas atteintes, il faut en rechercher les causes et déterminer les mesures correctives nécessaires.

Un point également important : l’architecte ne décide pas de tout. Dans un marché public, il intervient dans le cadre d’une mission définie et travaille pour le maître d’ouvrage (ici la Ville de Rousies).

Programme, budget, arbitrages, marchés de travaux et décisions du maître d’ouvrage ne relèvent pas de sa seule décision. La maîtrise d’œuvre conseille, conçoit, contrôle et alerte dans les limites de sa mission, mais elle ne peut se substituer au maître d’ouvrage ni aux entreprises.

Et c’est précisément pour cela qu’un chantier ne s’arrête pas à sa livraison : réception, réserves, garantie de parfait achèvement et, selon la nature des désordres, autres garanties permettent de faire intervenir les entreprises lorsqu’un problème relevant de leur responsabilité est constaté.

Concernant maintenant les fameuses « fissures » : ce qui est montré comme des « fissures » n’est pas une fissuration structurelle du mur. Il s’agit d’un enduit terre qui n’a reçu que sa première couche. La couche de finition reste à réaliser.

Et pour être totalement précis, nous avions déjà interrogé la municipalité précédente sur la date prévue pour la réalisation de cette seconde couche, sans obtenir de réponse avant ni après le changement de mandature.

Ce bâtiment dispose de plusieurs espaces et salles offrant des possibilités d’usage. Plutôt que de le considérer d’emblée comme un problème hérité de la mandature précédente, ne faudrait-il pas d’abord se l’approprier, en comprendre le fonctionnement, en exploiter les possibilités et, bien sûr, corriger ce qui doit l’être ?

C’est aussi, me semble-t-il, le sens de l’intérêt général : lorsqu’on devient responsable d’un équipement communal, on hérite de ses qualités comme de ses éventuelles difficultés. On cherche alors à en tirer le meilleur parti au bénéfice des habitants.

Lorsqu’il s’agit de sujets techniques, commençons par établir les faits, identifier les éventuels problèmes et leurs causes, puis faire jouer les responsabilités et les garanties lorsqu’elles doivent l’être.

Il convient tout d’abord de rappeler un élément essentiel : depuis son installation, la nouvelle municipalité ne nous a jamais contactés pour nous signaler un dysfonctionnement, nous interroger sur le fonctionnement du bâtiment ou nous demander d’analyser les difficultés aujourd’hui évoquées publiquement. Nous avons donc découvert ces différents griefs par voie de presse, sans avoir eu auparavant la possibilité de les constater, de les comprendre ou d’y apporter une réponse technique.

Concernant les éléments évoqués, tous les bureaux disposent de lumière naturelle. Il n’existe pas de bureaux sans fenêtres tels que vous les décrivez. Les dimensions et l’organisation des bureaux ont par ailleurs été définies dans le cadre du programme et validées par la maîtrise d’ouvrage au cours des différentes phases du projet.

De même, la salle d’archives n’a pas été oubliée : elle existe bien dans le projet et se situe au niveau R+1. Avant de présenter publiquement ces éléments comme des défauts de conception, il serait donc préférable de les vérifier.

Il est également important de rappeler qu’un architecte ne décide pas seul de l’ensemble des dispositions d’un projet. Il conçoit, conseille et alerte, mais le maître d’ouvrage reste décisionnaire. Notre projet prévoyait notamment des ouvrants sur l’ensemble des fenêtres afin de favoriser la ventilation naturelle. Une partie de ces ouvrants a ensuite été supprimée à la demande de la maîtrise d’ouvrage pour des raisons budgétaires. De même, le projet initial prévoyait davantage de plantations et d’arbres autour du bâtiment, participant à son ombrage.

La ventilation nocturne ne consiste évidemment pas à demander aux agents de venir ouvrir les fenêtres à 22 heures et les refermer à 6 heures du matin. Il s’agit d’étudier des dispositifs permettant d’assurer cette ventilation de manière sécurisée et compatible avec le fonctionnement réel d’un équipement public : ouvrants sécurisés, grilles anti-intrusion, dispositifs automatisés le cas échéant, etc.

Plutôt que d’opposer la conception à la « réalité du terrain », nous proposons précisément de mesurer cette réalité : températures intérieures et extérieures, ensoleillement des façades et des vitrages, apports internes, fonctionnement de la ventilation et comportement du bâtiment pendant les périodes de fortes chaleurs.

À partir de ces données, nous pourrons déterminer objectivement l’origine des éventuelles surchauffes et proposer des adaptations ciblées : végétation et ombrage, protections solaires complémentaires, vélum dans le patio, films solaires sélectifs, amélioration de la ventilation nocturne ou brasseurs d’air.

Nous sommes parfaitement disposés à venir sur place, à rencontrer les agents et à travailler avec la municipalité. Il nous semble que le dialogue avec les concepteurs et l’analyse technique du bâtiment devraient naturellement précéder toute conclusion publique sur ses qualités ou ses éventuels dysfonctionnements.

Je comprends parfaitement que chacun puisse avoir un avis sur ce bâtiment et que l’utilisation de l’argent public suscite des questions. C’est légitime.

En revanche, passer directement d’un problème signalé à « bâtiment catastrophique », « mal fichu » ou « l’équipe précédente a fait n’importe quoi », sans interroger ceux qui ont conçu et suivi le projet ni vérifier la nature technique des éléments montrés, me paraît aller un peu vite.

La critique est légitime. Les questions aussi. Nous y répondrons volontiers. »

Fabienne Louyot

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