Avesnois : pourquoi il ne faut surtout pas recueillir un raton laveur

Publié : 12h40 par
Geoffrey Deloux - Animateur

Raton laveur déshydraté
Raton laveur déshydraté
Crédit : Facebook

Trouvé déshydraté au bord d’un chemin, un jeune raton laveur a été recueilli par des habitants de la région. Mais si l'intention de lui porter secours part d'un sentiment bienveillant, l'histoire met en lumière un casse-tête juridique et environnemental méconnu du grand public.

Il souffrait d'un violent coup de chaud. Découvert affaibli et déshydraté au milieu d’un chemin, l'animal ne bougeait presque plus lorsque des promeneurs sont tombés sur lui. Face à la détresse de la petite bête, ce groupe d'adolescents et leurs proches ont eu le réflexe immédiat d'apporter de l'eau pour l'hydrater. Après avoir vérifié les besoins de l'espèce, des fruits puis de la viande ont été proposés à l'animal pour lui faire reprendre des forces. Aidés par le voisinage, ils l'ont ensuite placé provisoirement dans une cage de transport le temps de sa convalescence, avec pour projet initial de le relâcher dans son milieu naturel une fois rétabli.

Une réaction humaine et intuitive face à un animal en souffrance. Pourtant, cette intervention confronte sans le savoir ces habitants à une réalité écologique et réglementaire très stricte.

Une espèce exotique envahissante encadrée par la loi

Le raton laveur (Procyon lotor) n'est pas un animal sauvage comme les autres. Originaire d'Amérique du Nord et introduit en France au cours du XXᵉ siècle — notamment dans l'Aisne voisine —, l'animal a progressivement colonisé le quart Nord-Est de la France, y compris la Thiérache et le Sud de l'Avesnois.

En raison de son impact sur la faune locale et la biodiversité, le raton laveur est classé à l'échelle européenne comme Espèce Exotique Envahissante (EEE) et répertorié en France comme Espèce Susceptible d'Occasionner des Dégâts (ESOD).

Cette classification implique des règles rigoureuses fixées par le Code de l'environnement :

  • Interdiction de détention et de transport : Il est strictement interdit aux particuliers de recueillir, d'élever, de transporter ou de céder un raton laveur, même temporairement.

  • Interdiction de relâcher : Contrairement aux espèces autochtones (comme le hérisson ou l’écureuil), il est interdit de remettre un raton laveur dans le milieu naturel une fois capturé, afin de limiter la propagation de l'espèce.

Entre détresse animale et impasse logistique

Cette réglementation place les citoyens de bonne foi dans une situation délicate. Lorsque les centres de soins spécialisés pour la faune sauvage ou les autorités sont sollicités, la prise en charge s'avère complexe : les structures agréées pour accueillir durablement cette espèce sont extrêmement rares et souvent saturées, tandis que la loi interdit toute remise en liberté. Les services compétents, à commencer par l'Office Français de la Biodiversité (OFB), se retrouvent eux-mêmes contraints par ce cadre juridique strict qui ne laisse que très peu d'alternatives.

Des risques sanitaires à ne pas négliger

Outre les aspects réglementaires, le contact direct avec la faune sauvage comporte des risques sanitaires. Le raton laveur peut être vecteur de zoonoses (maladies transmissibles à l'humain et aux animaux domestiques), notamment la leptospirose ou la baylisascariose, une infection parasitaire transmise par les œufs de parasites présents dans les selles ou sur le pelage de l'animal. Les autorités sanitaires rappellent qu'il ne faut jamais manipuler un mammifère sauvage à mains nues.

Quel réflexe adopter à l'avenir ?

Si l'élan de solidarité de ces jeunes témoigne d'une sensibilité manifeste envers le vivant, les spécialistes rappellent la conduite à tenir en cas de croisement avec un raton laveur :

  1. Ne pas toucher ni manipuler l'animal, même s'il paraît jeune ou affaibli.

  2. Ne pas chercher à le recueillir chez soi ni à le nourrir.

  3. Signaler sa présence à la mairie ou aux services départementaux de l'OFB, qui orienteront sur les démarches officielles à suivre.