La vente des produits bio en baisse, quel impact ? Quelles solutions ?

30 novembre 2022 - 1521 vues
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La consommation des produits de l’agriculture biologique est en baisse depuis un peu plus d’un an. Une baisse de - 6 à - 10 % selon les produits. Elle est assez marquée en maraîchage, très marquée en crémerie au point que certains Eleveurs bio envisagent de repasser à l’agriculture conventionnelle. Après une croissance à deux chiffres, l’agriculture biologique est en situation d’urgence. Consommateurs, Transformateurs, Distributeurs boudent ses produits. Cette baisse interroge car les conséquences et les enjeux sont importants.

 

Le « cercle vicieux », faute de vente suffisante

Certains Eleveurs ont renoncé à leur certification bio pour écouler leur lait car les Transformateurs vendant moins de volumes de lait bio, achètent moins ou n’achètent plus leur lait. Ça n’est pas le cas de Yannick Przeszlo, Eleveur bio à Beugnies depuis 2022 mais il est inquiet, son contrat avec son Collecteur se termine en juin prochain.

Yannick Przeszlo :

Pierre Lecerf, Arboriculteur à Beaudignies est l’un des Représentants de la Coopérative NoraBio, 140 Paysans adhérents dans les Hauts-de-France dont une quinzaine de Maraîchers diversifiés en Sambre Avesnois. Elle vend ses fruits et légumes de saison à l’enseigne Biocoop dont elle est Sociétaire et au MiN Marché de gros :

Pierre Lecerf :

Moins de vente, une gamme moins large en grande surface, moins de magasins spécialisés bio (certains ont mis la clé sous la porte). C’est alors moins de visibilité des produits et donc moins de consommation encore. Or l’agriculture biologique répond aux enjeux climatiques, de la préservation de la biodiversité, de la protection de la ressource en eau.

Simon Hallez, co-Directeur du Groupement régional de l’agriculture biologique, Bio en Hauts-de-France :



 

Le bio en difficulté, des solutions pour panser et investir ?

La Région Hauts-de-France compte 1 400 Producteurs bio, 155 en Avesnois en 2021.

Marie-Sophie Lesne, Vice-Présidente de la Région Hauts-de-France en charge de l’agriculture, l’agroalimentaire et la pêche, s’est rendue à Beugnies la semaine dernière, sur l’exploitation de Yannick Przeszlo. Elle a réaffirmé sa « foi », son « soutien » à l’agriculture biologique.

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Des solutions seront mises en place pour aider la filière dans sa diversité, à traverser la crise car, dit-elle le bio local est « compétitif, qualitatif et très agroécologique ». Quelles solutions ?

  • La Région Hauts-de-France va lancer une campagne de communication pour valoriser les vertus du label bio et encourager à la consommation de produits bio ;
  •           La récente loi EgAlim impose 20 % de produits bio dans les cantines scolaires et restaurants collectifs. « Aujourd’hui on est à 6 %, on a une marge de progrès énorme », se réjouit Simon Hallez, encore faut-il que les objectifs soient respectés ; Marie-Sophie Lesne demande à l’Etat que des contrôles soient adossés à la mise en application progressive de la loi EgAlim.

Marie-Sophie Lesne, Vice-Présidente en charge de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la pêche à la Région Hauts-de-France :

  •          La Région et les Professionnels de la filière agricole bio étudie les modalités de dispositifs d’aides financières d’urgence sur une durée de deux ans. « On ne voudrait pas que cette période ait raison de la survie de certains Producteurs, alors même qu’ils peuvent passer l’orage […] « On a toujours l’objectif pour 2027 de doubler la surface agricole bio en Hauts-de-France pour atteindre 6 %. On n’a pas envie d’abdiquer », Marie-Sophie Lesne :


 

Une agriculture vertueuse, l’exemple beuxéïdien de Yannick Przsezlo

Yannick Przsezlo est Agriculteur biologique à Beugnies. Il élève 45 vaches de la race anglo-normande Jersiaise principalement ainsi que quelques Montbéliardes. Elles paissent en pâturage tournant dynamique sur 50 hectares dont 30 en paddock, divisé en 60 parcelles. Yannick Preszlo vise aujourd’hui un cheptel de 60 vaches en mono-traite, autrement dit une seule traite par jour, au lieu de deux.

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Ses vaches se nourrissent uniquement d’herbe pâturée, elles produisent ainsi 20 litres de lait par jour. C’est 10 à 15 % de lait en moins sur l’année mais elles produisent moins de méthane qu’avec des céréales, note Yannick Przsezlo.

Une démarche résiliente pour faire face à la hausse des prix de l’énergie mais aussi : « l’énergie va se raréfier quoiqu’il en soit donc on va devoir s’adapter », explique l’Eleveur qui produit aujourd’hui 130 à 140 000 litres de lait bio par an.

Pourquoi a-t-il fait le choix du pâturage tournant dynamique et de la mono-traite ? Il nous explique :


 

« La déconversion, la pire des choses », selon le Ministre de l’Agriculture

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Marc Fesneau, le Ministre de l’Agriculture, a été interpelé hier après-midi à l’Assemblée Nationale par le Député de la 3e Circonscription du Nord, Benjamin St Huile, sur la souffrance des Producteurs bio et en particulier des Eleveurs bio : « Que devons-nous faire ? Nous produisons 1 000 litres de lait, nous le vendons en moyenne 450 euros, c’est revendu en grande distribution 1 310 euros […] Monsieur le Ministre, qu’allez-vous faire pour répondre à cette urgence à des Agriculteurs qui souffrent, qui ont été exemplaires dans le choix de la conversion et qui ont le sentiment à ce stade, d’être abandonnés par le Gouvernement ?

Ecoutez l’intervention du Député Benjamin St Huile et la réponse du Ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau :

 

Delphine Hernu